1 Arashishicage

Dissertation Mercantilisme Et Physiocratie

Notes

[1]

QUESNAY, art. « Hommes », dans François Quesnay et la physiocratie, Paris, INED, 1958, p. 511-573.

[2]

MIRABEAU, Philosophie rurale, Amsterdam, 1763, p. 329.

[3]

Adam SMITH, Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, trad. P. Taïeb, Paris, PUF, 1995, IV, 1.

[4]

Comme l’a montré Lars Herlitz, Smith n’est cependant pas aussi critique du mercantilisme qu’on le dit communément : contrairement aux Physiocrates, il perçoit une rationalité dans l’irrationalité de l’intérêt des marchands. Le schème des conséquences involontaires fait que le mercantilisme a finalement joué un rôle positif dans l’accumulation du capital marchand qui a permis de rompre avec les structures féodales et de faire advenir la société bourgeoise (« The concept of Mercantilism », The Scandinavian Economic History Review, vol. XII, no 2,1964, réédité dans The Early Mercantilists, Mark Blaug éd., Aldershot, Edward Elgar Publishing Ltd., 1991, p. 127-146).

[5]

G. SCHMOLLER, Studien über die wirtschaftliche Politik Friedrich des Grossens, dont un chapitre est traduit en anglais en 1895 sous le titre : The Mercantile System and its Significance.

[6]

W. Cunningham est un historien anglais qui fit ses études universitaires en Allemagne, notamment à Tübingen où Schmoller avait enseigné. Il publia en 1888 The Growth of English Industry and Commerce (plusieurs rééditions), dénonçant la faillite du laisser-faire et faisant l’éloge de l’intervention de l’État dans l’économie. Sur Schmoller et Cunningham, voir A. V. JUDGES, « The Idea of a Mercantile State », Transactions of the Royal Historical Society, 4th series, vol. XXI, 1939, réédité dans Revisions in Mercantilism, Londres, Methuen & Co Ltd., 1969, p. 35-60.

[7]

Selon Cunningham, la théorie smithienne est elle-même victime d’une illusion : comment croire que des générations de parlementaires aient pu se faire manipuler par une poignée de manufacturiers et de marchands ?

[8]

Eli F. HECKSCHER, Mercantilism, 1931, trad. M. Shapiro, Londres, Allen & Unwin, rééd. 1955, introduction, vol. 1, p. 19.

[9]

La France et l’Angleterre en fournissent les meilleurs exemples, mais les mêmes politiques furent peu ou prou poursuivies en Scandinavie, dans les États germaniques, en Italie et en Espagne ; la seule exception notable concerne les Pays-Bas, qui ne suivirent pas réellement de politique mercantiliste (ibid., p. 351-353).

[12]

COLBERT, A M. de Terron, intendant de Rochefort, le 11 janvier 1666, Lettres, instructions et mémoires de Colbert, P. Clément éd., Paris, Imprimerie nationale, vol. III, 1re partie, 1864, p. 37.

[13]

Primo, il semble délicat d’unifier les théories et les pratiques des différents pays européens, les théoriciens d’Angleterre, en particulier, ayant très tôt soutenu certaines formes de laisser-faire. Secundo, les thèses mercantilistes ont sans doute évolué, le dogme de la balance commerciale défini par Thomas Mun, directeur de la Compagnie des Indes orientales anglaise, ayant en particulier été réélaboré en l’absence d’une quantification crédible. La formulation de Mun précède 1664, date de la publication posthume de English Treasure by Forraign Trade; or dès 1668, Josiah Child, directeur lui aussi de la Compagnie des Indes anglaise, écrivit son New Discourse of Trade en proposant une évaluation de la balance par le nombre de bras employés. Loin d’être anodin, ce changement d’approche induit une modification décisive des priorités, de l’excédent monétaire vers l’emploi et le niveau des salaires (voir Ch. WILSON, « The other face of Mercantilism », dans Revisions in Mercantilism, op. cit., p. 121-124).

[14]

Ces objections sont reformulées dans D. C. COLEMAN, « Eli Heckscher and the idea of Mercantilism », Scandinavian Economic History Review, vol. V, no 1,1957, p. 1-25, réédité dans Revisions in Mercantilism, op. cit., p. 92-117.

[15]

J. VINER, « Power versus plenty as objectives of foreign policy in the seventeenth and eighteenth century », dans Revisions in Mercantilism, op. cit., p. 61-91.

[16]

L’interprétation du livre V de la Richesse des nations fait l’objet de controverses non encore résolues (voir par exemple D. WINCH, Adam Smith’s politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1978).

[17]

Heckscher avait par exemple dit lui-même qu’Adam Smith ne renie nullement l’idée d’une intervention de l’État afin de garantir l’approvisionnement en matières premières ou afin de favoriser une branche industrielle au détriment d’une autre au moyen de l’arme fiscale. Plus encore, il avait souligné que Smith fait l’éloge appuyé des Actes de navigation anglais, actes de régulations sans doute les plus sages à ses yeux de la politique commerciale anglaise, sachant que la défense importe plus que l’opulence. La différence entre mercantilisme et libéralisme viendrait donc plutôt selon lui de leur conception du pouvoir d’État : pour les uns, il serait envisagé comme une fin en soi ; pour les autres, comme un moyen du bien-être collectif (op. cit., vol. I, p. 16).

[18]

« Revisions in Economic History », Economic History Review, VII, nº 1, novembre 1936, p. 44-54, republié dans Revisions in Mercantilism, op. cit., p. 19-34.

[19]

Hormis en France, où le tarif colbertiste de 1664 consolida les droits d’entrée et de sortie, abolit de nombreux péages et leur substitua des taux uniformes dans les cinq grandes fermes. Pour autant, l’idée n’a pas disparu depuis, puisque le lien entre mercantilisme et émergence de l’idée d’intérêt national, associé à la centralisation, est encore mis en exergue par Pierre DOCKÈS dans son étude sur L’Espace dans la pensée économique ( XVIe - XVIIIe siècle), Paris, Flammarion, 1969.

[20]

« Revisions in Economic History », art. cit., p. 46.

[21]

Comme le résume très justement C. Larrère, « La politique française se fait au centre, depuis l’État, qui établit les équilibres, d’où partent et où reviennent les flux monétaires. L’Angleterre tend à déployer ses activités commerciales sur le plus grand espace possible. Il y a d’abord à cela une raison géographique. La France, pays continental, est circonscrite de frontières, ligne étroite où se marque une coupure ; tout l’objectif est de bien délimiter l’intérieur de l’extérieur, pré carré et politique d’unification interne, pour que l’extérieur ne rentre pas à l’intérieur [...]. L’Angleterre est une île : la mer est sa frontière, elle en fait l’espace de son libre déploiement, c’est son “boulevard”. L’État, dans sa marine, s’avance sur la mer, où se réalise l’immédiate identité de la prospérité et de la puissance, sans qu’il soit nécessaire d’en faire, au centre, la synthèse » (L’Invention de l’économie au XVIIIe siècle, Paris, PUF, 1992, p. 128). Si les objectifs sont les mêmes, les moyens s’opposent donc. Le mercantilisme de la périphérie rejette tout ce qui fait obstacle à la plus grande dispersion, tout ce qui resserre au lieu de dilater : les monopoles et autres privilèges exclusifs, les corporations aux conditions d’accès restrictives, les grandes concentrations urbaines ou commerciales, ainsi que l’estimation au centre, dans la capitale, de la balance du commerce.

[22]

HECKSCHER, art. cit., p. 48.

[23]

Voir H. HEATON, « Heckscher on mercantilism », dans The Early Mercantilists, op. cit., p. 25.

[25]

Voir le résumé de Ph. STEINER, « Marchands et princes : les auteurs dits “mercantilistes” », dans Nouvelle histoire de la pensée économique, sous la direction de A. Béraud et de G. Faccarello, Paris, La Découverte, 1992, t. I, en particulier p. 101.

[26]

A. W. COATS, « In defence of Heckscher and the idea of Mercantilism », réédité dans The Early Mercantilists, op. cit., p. 112-126.

[27]

Voir également la position ambivalente de P. HARSIN, Les Doctrines monétaires et financières en France, Paris, Félix Alcan, 1928, p. 12 s.

[28]

Or cela n’implique pas, contrairement à ce que disait Coleman, que Heckscher ait donné un poids égal aux principes ou aux phénomènes mis en évidence dans la pensée mercantiliste. Selon Coats, bien que Heckscher ne distingue pas toujours les différentes sortes d’écrits mercantilistes, il était attentif à distinguer entre les principes généraux et les applications particulières : il voulait surtout dégager les traits durables, l’orthodoxie qui survécut par-delà les changements dans les composantes de la doctrine, jusqu’à la critique de Smith. Heckscher s’intéressait donc surtout aux aspects théoriques du mercantilisme. En raison du choix des moyens des dirigeants par lequel ils se proposaient d’atteindre leurs objectifs, « Through this, Mercantilism became not only a specific type of economic policy, but, even more, a characteristic body of economic ideas ; for the views as to what constituted the best means were rooted in conscious or unconscious interpretations of the tendencies of economic life » (HECKSCHER, Revisions in Economic History, p. 45). Ainsi Heckscher était-il très conscient de la réalité (à long terme du moins), même s’il a incontestablement négligé le contexte empirique, refusant de s’attarder sur les circonstances particulières.

[29]

L. ROTHKRUG, Opposition to Louis XIV : the political and social origins of the French Enlightenment, Princeton, Princeton University Press, 1965, p. 38 s.

[30]

L. Rothkrug ajoute que l’utilitarisme sortira également renforcé du renouveau de l’épicurisme impulsé par Gassendi à partir des années 1640 (ibid., p. 370-371).

[31]

A. DE MONTCHRÉTIEN, Traicté de l’œconomie politique, Th. Funck-Brentano éd., Paris, Plon, 1889, p. 38-39. Sur le rôle de ce texte dans la fondation de l’économie politique comme science, voir J.-C. PERROT, Une histoire intellectuelle de l’économie politique, Paris, EHESS, 1992, p. 65-66.

[32]

« Nostre estre est simenté de qualitez maladives; l’ambition, la jalousie, l’envie, la vengeance, la superstition, le désespoir logent en nous d’une si naturelle possession que l’image s’en reconnoist aussi aux bestes [...]. Desquelles qualitez qui osteroit les semences en l’homme, destruiroit les fondamentales conditions de nostre vie. De mesme, en toute police, il y a des offices nécessaires, non seulement abjects, mais encore vitieux : les vices y trouvent leur rang et s’employent à la cousture de notre liaison, comme les venins à la conservation de nostre santé [...]. Le bien public requiert qu’on trahisse et qu’on mente et qu’on massacre... » (MONTAIGNE, Essais, III, 1, P. Villey éd., Paris, PUF, 1992, t. III, p. 790-791). Voir dans un contexte un peu différent, II, 1 : « l’étrangeté de notre condition porte que nous soyons souvent par le vice même portés à bien faire, si le bien faire ne se jugeait par la seule intention » (p. 20). Charron mentionnera pour sa part la « composition » et « compensation » de l’utile et de l’honnête (De la sagesse [1601], Paris, Fayard, 1986, p. 556). Il avait auparavant expliqué qu’en « police, justice, vérité, religion », il fallait, pour une bonne fin, recourir à de mauvais moyens, « comme si pour être bon il fallait être un peu méchant » (p. 238-239).

[33]

« Ne craignions point [...] d’estimer [...] que l’intérêt commun ne doibt pas tout requerir de tous contre l’intérêt privé [...] et que toutes choses ne sont pas loisibles à un homme de bien pour le service de son Roy ny de la cause generalle et des loix » (ibid., p. 802).

[34]

Ibid., I, XXII, p. 107.

[35]

« Je ne veux pas ici nier que les esprits marchands ne soient ordinairement plus attachés de leur propre convoitise que de l’affection du public; que l’éclat jaunissant de l’or ne les éblouisse et fourvoie un peu de l’équité; mais, pour en parler politiquement, il ne les faut pas à cette occasion rejeter de la République et du nombre des citoyens, comme une espèce d’ilotes. On tire et compose un bon antidote de cette vipère » (MONTCHRÉTIEN, op. cit., p. 140-141; voir p. 137-139).

[37]

M. SENELLART, Machiavélisme et raison d’État, Paris, PUF, 1989, p. 91-92.

[38]

« La meilleure prise qu’on puisse avoir sur les hommes, c’est de connaître les inclinations, les mouvements, les passions et les habitudes ; en les prenant par ces anses, on les peut porter où l’on veut » (MONTCHRÉTIEN, op. cit., p. 192, voir p. 31).

[39]

Voir C. LARRÈRE, op. cit., p. 116.

[40]

Voir COLBERT, « Dissertation sur la question : quelle des deux alliances de France ou de Hollande peut être plus avantageuse à l’Angleterre », dans Lettres, instructions et mémoires de Colbert, op. cit., vol. VI, 1869, p. 266; Child affirmait également que tout commerce est une forme de guerre (cité dans W. LETWIN, The Origins of Scientific Economics, Londres, Methuen & Co, 1963, p. 44).

[41]

COLBERT, Mémoire sur le commerce présenté au premier Conseil de commerce tenu par le Roy, le 3 août 1664, dans Lettres, instructions et mémoires de Colbert, op. cit., vol. II, 1re partie, 1863, p. CCLXIX-CCLXX.

[42]

Augmenter le commerce consiste à « augmenter l’argent dans le commerce public en l’attirant des pays où il vient, en le conservant au-dedans du royaume et empêchant qu’il n’en sortît, et donnant des moyens aux hommes d’en tirer profit » : l’augmentation de la puissance d’un État ne peut venir que de la diminution de celle d’un État voisin « vu que n’y ayant qu’une même quantité d’argent qui roule dans toute l’Europe » (COLBERT, Mémoire au roi sur les finances (1670), dans

Physiocrates, Mercantilistes et Classiques.
Introduction
On situe souvent la naissance de l’analyse économique par rapport à l’école classique. Cependant, deux écoles précédèrent l’école classique, les mercantilistes et les physiocrates. Ces deux écoles se proposent d’analyser l’économie chacune selon ce qu’elle conçoit comme la source de richesse économique. En quoi le mercantilisme et laphysiocratie ont-ils joué le rôle de précurseurs de la pensée économique classique malgré leurs différences ? Pour répondre à cette question, nous exposerons dans un premier temps les théories mercantilistes, puis dans un second temps la physiocratie et ses grands théoriciens en mettant en évidence les différences qui opposent ces deux écoles quant à l’explication de la richesse des nations, et enfindans un troisième temps nous montrerons en quoi ces deux mouvements annonçaient la pensée classique.

I. Le mercantilisme ou la richesse par l’excédent commercial.
A. Présentation générale du mercantilisme.
Le mercantilisme, à la fois politique économique et corps d’idées théoriques, est un phénomène typiquement européen qui s’étend sur une période précise : il naît au seizième siècle,s’affirme au dix-septième pour mourir au dix-huitième, ce qui revient à dire qu’il couvre la période de la Renaissance à la Révolution Industrielle. A cette époque, il fallut trouver des solutions aux défis nouveaux qui se posaient aux pays européens après les vastes transformations dues à la Renaissance, la découverte de l’Amérique, la colonisation, l’afflux de métaux précieux, à quoi s’ajoutaient laconcurrence entre les Etats-Nations et le jeu des forces capitalistes naissantes.
Les sociétés durent donc se poser de nombreuses questions quant à la richesse, comment l’accroître, les buts de l’activité économique et comment la stimuler.
On ne rencontre nulle part de doctrine cohérente et complète car il n’y eut à aucun moment une « école mercantiliste », comme il n’y a pas de « théoriemercantiliste », on ne trouve que des analyses partielles et des points de vue particuliers, parfois même contradictoires.
Cependant il exista des tendances assez convergentes et des idées apparentées partant d’une vision commune des grands problèmes économiques et reposant sur des principes communs, on peut donc parler de pensée mercantiliste. Ce terme désignera donc le fait d’expliquer la richessed’une Nation par la prospérité du commerce extérieur et son accroissement. Par le mercantilisme, certaines idées-clé s’imposèrent comme des réponses aux questions évoquées ci dessus, notamment le rôle essentiel de la richesse matérielle, le nationalisme économique, l’interventionnisme étatique, le protectionnisme et la nécessité de contrôler et stimuler les activités économiques.
On retientgénéralement de ce courant de pensée économique deux idées fondamentales que nous allons exposer.

B. La doctrine de la balance commerciale.
La balance commerciale est une caractéristique des économies ouvertes, elle comptabilise le flux des marchandises entre un pays et le reste du monde. On y distingue d’une part les exportations et d’autre part les importations. Le solde commercial représente ladifférence entre les exportations et les importations. S’il est positif, c’est-à-dire que les exportations sont plus importantes que les importations, on dit que la balance commerciale est excédentaire ou alors qu’il y a excédent commercial ; si au contraire il est négatif (exportations moins importantes que les importations), on parle alors de balance commerciale déficitaire ou de déficitcommercial.
Chez les mercantilistes, cette balance commerciale doit toujours être excédentaire ; pour ce qui est des importations, on essaye de n’importer que des matières premières (métaux, bois etc.) ou à la rigueur des produits semi-finis (le tissu par exemple). En ce qui concerne les exportations, l’accent est mis sur les produits manufacturés et à forte valeur ajoutée, autrement dit...

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